Dans l’épisode précédent, nous avons découvert qu’un ordinateur quantique n’affiche pas toutes les réponses contenues dans une superposition.
Lorsqu’on le mesure, il ne nous livre qu’un seul résultat.
Son avantage vient de ce qui se produit avant cette mesure :
certaines possibilités se renforcent…
tandis que d’autres s’annulent.
Mais comment une possibilité peut-elle disparaître avant même d’avoir été observée ?
Pour le comprendre, un seul qubit suffit.
Plaçons-le d’abord dans l’état 0.
Puis appliquons-lui une opération très utilisée en informatique quantique : la porte de Hadamard, souvent représentée par la lettre H.
Elle transforme 0 en une superposition équilibrée :
|0⟩ → (|0⟩ + |1⟩) / √2
Si nous mesurons immédiatement le qubit, nous avons environ une chance sur deux d’obtenir 0… et une chance sur deux d’obtenir 1.
Une sorte de pile ou face quantique.
Mais ne le mesurons pas.
Appliquons plutôt une seconde porte de Hadamard.
On pourrait penser qu’elle va ajouter encore davantage d’incertitude.
C’est exactement le contraire.

Elle va recombiner les amplitudes.

Pour arriver au résultat 0, deux contributions se rencontrent avec la même phase.
Elles s’additionnent.
Pour arriver au résultat 1, une contribution est positive et l’autre négative.
Elles s’annulent.
Le résultat final redevient donc :
|0⟩
Si l’expérience est parfaite, la mesure affiche désormais 0 avec certitude.
Étrange, non ?
Après la première porte, 0 et 1 semblaient tous deux possibles.
Après la seconde, toute possibilité d’obtenir 1 a disparu.
Ce ne sont pourtant pas des résultats déjà produits puis effacés.
Ce sont leurs amplitudes de probabilité qui ont interféré avant la mesure.
Voilà la différence essentielle avec une probabilité classique.
Des probabilités ordinaires s’additionnent.
Les amplitudes quantiques, elles, possèdent également une phase. Elles peuvent donc s’ajouter… mais aussi se soustraire.
Et nous pouvons aller encore plus loin.
Après la première porte de Hadamard, changeons uniquement la phase de la composante 1 :
(|0⟩ + |1⟩) / √2
devient :
(|0⟩ − |1⟩) / √2
Si nous mesurions à cet instant, nous obtiendrions toujours 0 ou 1 avec une probabilité de 50 %.
En apparence, rien n’a changé.
La différence de phase reste invisible.
Mais appliquons maintenant la seconde porte de Hadamard.
Cette fois, les interférences s’inversent :
les contributions menant à 0 s’annulent…
et celles menant à 1 se renforcent.
La mesure affiche alors 1 avec certitude.
Une information invisible à la lecture directe vient d’être transformée en un résultat parfaitement visible.

C’est l’une des idées fondamentales du calcul quantique.

Un algorithme modifie les phases de certaines composantes, puis les recombine afin que les chemins inutiles s’annulent et que l’information recherchée soit renforcée.
La machine ne « devine » pas la bonne réponse.
Elle utilise la structure du problème pour construire un motif d’interférences.
Avec plusieurs qubits, ce ne sont plus seulement deux amplitudes qui se rencontrent.
Ce sont des dizaines, des milliers… parfois des milliards de contributions possibles.
Le rôle de l’algorithme consiste à les orchestrer pour que la mesure finale révèle une information utile.
Pas nécessairement avec une certitude absolue.
Il faut parfois répéter le circuit plusieurs fois pour faire apparaître une tendance fiable.
Mais l’objectif reste le même :

rendre probables les résultats qui nous intéressent… et presque invisibles ceux qui ne nous apprennent rien.

Nous comprenons aussi pourquoi les qubits sont si fragiles.
Le calcul ne dépend pas seulement de leur valeur 0 ou 1.
Il dépend des relations de phase extrêmement précises qui existent entre leurs amplitudes.
Une vibration, une variation de température ou une interaction avec l’environnement peut brouiller ces relations.
Et lorsque les phases se désorganisent…
le motif d’interférences disparaît.
La machine ne perd pas simplement quelques données.
Elle perd la chorégraphie qui devait faire émerger la réponse.
Mais alors…
si un ordinateur quantique fournit un résultat impressionnant, comment savoir si cet avantage vient réellement des lois quantiques ?
Et non d’un test trop facile, d’un ordinateur classique mal utilisé… ou de coûts que la comparaison aurait discrètement oubliés ?

🤔 Comment les chercheurs peuvent-ils prouver qu’un véritable avantage quantique a été obtenu ?

C’est ce que nous découvrirons dans le prochain épisode.

🚁 Curiosity First. Learning together.