RSA a été publié en 1978.
L’algorithme de Shor existe depuis 1994.
Et pourtant, en 2026, nous ouvrons toujours nos banques, nos messageries et nos boutiques en ligne grâce à cette cryptographie.
Notre sécurité numérique serait-elle devenue un musée ?
Pas vraiment.
Lorsque le petit cadenas apparaît dans votre navigateur, il ne représente pas une serrure unique.
Il cache plusieurs outils qui travaillent en équipe.
🤝 Le premier établit la confiance.
Votre navigateur doit vérifier l’identité du site et établir un secret avec lui sans l’envoyer ouvertement sur le réseau.
Cette mission appartient à la cryptographie à clé publique : RSA, Diffie-Hellman et les courbes elliptiques interviennent dans les échanges de clés ou les signatures.
C’est cette famille que Shor menace directement.
RSA repose sur la difficulté de factoriser de grands nombres.
Diffie-Hellman et les courbes elliptiques reposent sur une autre difficulté appelée logarithme discret.
Shor sait théoriquement résoudre les deux avec une machine quantique suffisamment puissante.
🚚 Le deuxième outil transporte les données.
Une fois le secret partagé, un chiffrement symétrique comme AES protège rapidement le contenu de la connexion.
Standardisé en 2001, AES utilise la même clé pour chiffrer et déchiffrer. Il ne repose ni sur la factorisation ni sur le logarithme discret.
Shor ne l’ouvre donc pas de la même manière.
L’algorithme quantique de Grover pourrait réduire sa marge de sécurité, mais des clés symétriques plus longues permettent de compenser plus facilement cette menace.
🛡 D’autres outils contrôlent l’intégrité.
Les fonctions de hachage permettent notamment de détecter une modification des données. Elles non plus ne s’effondrent pas sous Shor comme RSA ou les courbes elliptiques.
Le quantique ne fait donc pas disparaître toute la cryptographie.
Il frappe surtout les mécanismes qui rendent possible la première rencontre sécurisée.
Or si un attaquant peut usurper l’identité du site ou retrouver le secret établi au départ, il n’a pas besoin de casser ensuite chaque donnée protégée par AES.
La porte d’entrée suffit.
Mais pourquoi utiliser encore des idées aussi anciennes ?
Parce qu’en cryptographie, l’âge n’est pas nécessairement un défaut.
Une méthode étudiée et attaquée publiquement pendant plusieurs décennies inspire souvent davantage confiance qu’une invention apparue hier.
Les protocoles évoluent autour d’elle.
TLS 1.3, défini en 2018, organise une connexion moderne avec des choix plus sûrs tout en utilisant certaines briques mathématiques bien plus anciennes.
Notre cryptographie n’est donc pas un fossile.
C’est une construction vivante, rénovée couche après couche.
Le problème quantique est différent.
Shor ne révèle pas une erreur oubliée dans une vieille serrure.
Il imagine un nouvel outil capable de changer la difficulté même sur laquelle cette serrure reposait.
C’est pourquoi son remplacement commence avant que la machine capable de l’utiliser existe.
En 2024, le NIST a finalisé ses trois premiers standards post-quantiques et recommande de commencer la migration.
Mais publier de nouvelles serrures ne remplace pas automatiquement les innombrables certificats, logiciels, serveurs, téléphones, équipements et documents signés utilisant encore les anciennes.
🤔 Que faut-il réellement remplacer avant le Q-Day… et par où commencer ?
C’est ce que nous découvrirons dans le prochain épisode.
🚁 Curiosity First. Learning together.
🔎 Sources : RSA · NIST · AES · TLS 1.3 · transition post-quantique
